Cet article est un contenu pédagogique sur le fonctionnement général des marchés financiers, il ne constitue pas un conseil en investissement et ne décrit ni un événement, ni une entreprise, ni un titre en particulier.
Il existe, sur les marchés obligataires français, un titre qui ne rembourse pas toujours son détenteur en espèces. À l’échéance, ou parfois avant, le porteur peut choisir de recevoir des actions de la société émettrice plutôt que du numéraire, en échange de l’obligation qu’il détient. Ce mécanisme, connu sous l’acronyme OCEANE (obligation convertible ou échangeable en actions nouvelles ou existantes), figure parmi les instruments de financement les plus utilisés par les sociétés cotées à Paris depuis les années 1990. Comprendre comment se fixent son ratio de conversion et sa prime, comment la conversion dilue le capital existant, et pourquoi une entreprise choisit cette voie plutôt qu’une dette classique ou une augmentation de capital, permet de mieux lire les opérations financières qui font régulièrement l’actualité boursière.
Comment se fixent le ratio de conversion et la prime
Une OCEANE combine deux éléments dans un seul titre : une composante obligataire ordinaire, avec valeur nominale, coupon et échéance, et une option d’achat sur l’action de l’émetteur, intégrée au contrat d’émission. Le ratio de conversion indique combien d’actions un porteur recevra pour chaque obligation convertie. Il est fixé au moment de l’émission et reste en principe stable, sauf ajustements prévus contractuellement en cas d’opération sur le capital, comme une division du nominal ou une distribution de dividende exceptionnel.
La prime de conversion mesure, elle, l’écart entre le prix de conversion implicite, c’est-à-dire le cours auquel l’obligataire pourra effectivement convertir, et le cours de l’action au moment de l’émission. Cette prime se négocie généralement entre 20 % et 45 % selon la volatilité du titre sous-jacent, la maturité retenue et le niveau du coupon offert : plus la prime est élevée, plus le coupon peut être bas, car l’option de conversion intégrée porte alors davantage de valeur potentielle. Ce couple ratio-prime est calibré par les banques arrangeuses à l’aide de modèles d’évaluation d’options, en fonction des conditions de marché observées le jour de l’émission.
Le mécanisme de dilution pour les actionnaires existants
Lorsque les détenteurs d’OCEANE exercent leur option de conversion, en général parce que le cours de l’action a dépassé le prix de conversion, la société doit émettre de nouvelles actions ou remettre des actions existantes, selon les modalités prévues au contrat. Dans le premier cas, le nombre total d’actions en circulation augmente, ce qui dilue mécaniquement la part de capital et de droits de vote détenue par chaque actionnaire existant, ainsi que le bénéfice par action, toutes choses égales par ailleurs.
Cette dilution potentielle n’est pas une surprise : elle est connue dès l’émission, puisque le nombre maximal d’actions pouvant être créées se calcule directement à partir du montant emprunté et du ratio de conversion. C’est pourquoi les analystes suivent de près le taux de dilution maximal théorique d’une OCEANE en circulation, en particulier lorsque le cours de l’action se rapproche du prix de conversion, ce qui rend plus probable un choix de conversion en actions plutôt qu’un remboursement en numéraire à l’échéance.
Pourquoi émettre une OCEANE plutôt qu’une obligation classique ou une augmentation de capital
Pour l’entreprise émettrice, l’OCEANE offre un avantage de coût immédiat : parce que l’option de conversion a une valeur reconnue par le marché, l’émetteur peut proposer un coupon inférieur à celui d’une obligation ordinaire de maturité et de notation comparables. La charge d’intérêts annuelle s’en trouve allégée par rapport à un emprunt classique, ce qui préserve la trésorerie disponible pour financer des investissements ou refinancer d’autres dettes.
Comparée à une augmentation de capital immédiate, l’OCEANE a aussi pour effet de retarder la dilution : celle-ci ne se matérialise que si, et quand, le cours de l’action dépasse le prix de conversion, et seulement pour la fraction des porteurs qui choisissent effectivement de convertir plutôt que d’être remboursés en cash. Une augmentation de capital classique, à l’inverse, dilue immédiatement l’ensemble des actionnaires dès le règlement-livraison de l’opération, quel que soit le parcours ultérieur du cours de Bourse. L’OCEANE permet ainsi à une entreprise de lever des fonds tout en offrant aux investisseurs obligataires une protection partielle de leur capital si l’action ne progresse pas comme espéré, puisqu’à défaut de conversion, ils conservent le droit au remboursement du nominal à l’échéance, sous réserve, bien entendu, de la solvabilité de l’émetteur.